Activités de médiation : des ponts au service des relations compliquées

Activités de médiation : des ponts au service des relations compliquées

Les relations humaines sont si complexes qu’il existe aujourd’hui une multitude d’outils pour les faciliter. Les médiations éducatives permettent de créer et restaurer des liens qui serviront de support d’évolution. Je vous propose aujourd’hui un focus sur ce concept d’activités de médiation. Fruit du travail médico-social, (re)découvrez les espaces du possible imaginés par des professionnels confrontés quotidiennement à des situations figées ou conflictuelles.

Que sont les activités de médiation ?

Tout d’abord, quelques définitions, issues du dictionnaire Larousse :

Activité : Faculté, puissance d’agir. Ensemble de phénomènes par lesquelles se manifestent certaines formes de vie. Activité physique, intellectuelle.
Médiation : Intervention visant à réconcilier. Fait de servir d’intermédiaire, en particulier dans la communication.

Les activités de médiation sont toutes les participations, échanges et actions (ateliers, jeux, sorties, sport…), proposées dans le but de réconcilier la personne avec elle-même, les autres et son environnement.

Largement utilisée dans les institutions socio-éducatives, elles sont à la base de la mission des éducateurs : aider des populations dites “en situation difficile” (enfants, adolescents, adultes présentant des handicaps, psychoses, troubles du développement, carences affectives…) à :

  • Trouver leur place,
  • Établir des passages entre des états de souffrance et de bien-être,
  • Passer de la dépendance à la recherche d’autonomie,
  • Permettre à la personne d’expérimenter et d’exprimer ce qu’elle veut vraiment.

« L’espace de médiation constitue la colonne vertébrale du travail éducatif ».

J.Rouzel. Le travail d’éducateur spécialisé

Comment choisir une activité adaptée ?

Au cœur de la prise en charge, les activités de médiation constituent donc un réseau de possibilités pour révéler et développer les potentialités de chacun. Un large éventail de situations peut servir de support de cette démarche.

Le critère le plus important à retenir concerne le choix de l’activité selon sa fonction : on ne proposera pas la même activité à un jeune en opposition qu’à un enfant psychotique. L’observation et la détection d’indices éveillant l’intérêt et le besoin des personnes est déterminant.

Pour revenir aux définitions, il apparait essentiel de se demander quelles interventions pourraient “redonner la puissance d’agir”, à celui ou celle que l’on veut aider.

Les différents rôles des médiations éducatives

Les descriptions suivantes reprennent les idées exposées dans le livre de référence De l’éducation spécialisée, de Maurice Capul et Michel Lemay.

L’activité conviviale

Au sens étymologique, le terme “convivial” se rapporte aux festins. Plus largement, il évoque le regroupement d’un collectif partageant un moment sympathique d’échanges réciproques. Il peut s’agir de repas, de soirées contes, jeux, musique… Ces espaces dans lesquelles on peut savourer les plaisirs de la joie mutualisée, de la complicité, de l’appartenance à un groupe favorisent le bien-être et la confiance en soi.

L’activité créative

L’élan créateur pousse les bébés à mobiliser toutes leurs capacités (motrices, cognitives, sensorielles…) pour répondre aux situations nouvelles jour après jour. Pouvant être entravé par de multiples limites en grandissant, il demeure un lieu d‘épanouissement personnel ou collectif particulièrement intéressant à restaurer. En fonction des attirances, on peut créer à partir de tissu, papier, peinture, crayons, terre, bois, cailloux, éléments de recyclage… Tout est bon pour faire naitre et grandir cette capacité à inventer, transformer et agir.

L’activité collective

Les médiations qui se pratiquent en commun fournissent des interactions enrichissantes sur le plan personnel mais également au niveau de la socialisation. Sports d’équipes, débats, théâtres, jeux collaboratifs sont des opportunités de se confronter aux autres, accepter des règles et des frustrations dans un but plus élevé, faire naitre un esprit de collaboration

L’activité de symbolisation

Face à un public de jeunes agressif et revendicateur, l’adulte démuni oscille souvent entre rejet et hyper protection. Et il favorise ainsi des comportements inadéquats et contradictoires. De tels adolescents sont à la fois bloqués dans leur capacité à contrôler leur réactions et à communiquer sans violence. Ils “passent à l’acte” car c’est la seule façon qu’ils trouvent de se faire entendre. Des ateliers d’expression théâtrale, des jeux symboliques, des espaces de créativité picturale, vidéo offrent d’autres scénarios possibles.

Le jeu

“Le jeu est “la voix royale” de l’expression, de la création et de la communication chez l’enfant.”

Maurice Capul. Michel Lemay. De l’éducation spécialisée

En mêlant plaisir et apprentissage, détente et activité physique, cadre et imagination, le jeu permet à l’enfant de construire son identité. Grâce à ses nombreuses fonctions, il devient un pont entre l’individu et son environnement en stimulant notamment :

  • la mobilisation des différents sens,
  • la maîtrise du schéma corporel, la coordination,
  • l’acceptation des règles et de la frustration,
  • la mise en scène de la réalité,
  • la mémoire, la logique, le raisonnement,
  • l’organisation de la vie psychique…

L’activité musicale

La musique permet également de stimuler plusieurs domaines du développement :

  • Construction de l’espace psychique grâce à la trame sonore, aux silences et aux évocations,
  • Mobilisation du corps par le rythme, la danse, la communication gestuelle,
  • Éveil du sens artistique,
  • Développement de l’écoute donc de la socialisation,
  • Convivialité,
  • Expérience de la rigueur, selon la pédagogie.

Depuis les premières expériences éducatives, les activités de médiation musicales se sont largement développées : chorales, musicothérapie, méthode Orff, sonothérapie, danse-thérapie…

L’activité à visée corporelle

Certains enfants, pas assez stimulés pendant leur petite enfance, possèdent une faible conscience de leur corps, comme le développe D. Anzieu dans Le moi-peau. Ils éprouvent des difficultés à contenir leurs sensations et émotions, ainsi qu’à se protéger des agressions extérieures. Il en résulte parfois de la maladresse, du repli sur soi ou encore de l’agressivité.
De multiples activités sportives visant à développer la coordination, l’équilibre, la latéralité, le tonus peuvent aider ces jeunes à se réapproprier leurs corps et améliorer leur vision d’eux-mêmes. Les bénéfices de l’eau sont aussi à considérer dans les médiations à envisager.

Ils en parlent dans leurs livres

“Le programme est tourné vers la démarche du jeune qui s’ouvre à lui-même et, les choix à poser quant aux contenus, quant aux méthodes didactiques, doivent précisément susciter la participation, selon son rythme à lui, qui en définitive aboutit à une alimentation qui vient de lui au lieu d’être uniquement proposé par le milieu.”

G. Gendreau. Briser l’isolement entre jeunes en difficultés, éducateurs et parents.

“Ne pas s’immiscer de façon indue à l’intérieur de l’enfant; mais, en osant lui fournir ce dont il a besoin au moment présent, lui permettre d’ouvrir un espace où, par ses propres explorations à la fois libres et guidées, il puisse mettre en forme ce qu’il peut et veut créer.”

Maurice Capul. Michel Lemay. De l’éducation spécialisée.

Contrairement aux craintes des adultes -prétexte dont se servent beaucoup de parents pour superviser et régenter les jeux de leurs enfants- même les jeux agressifs de l’enfance remplissent une fonction socialisante (…). L’une des fonctions du jeu (…) est de donner à l’enfant une chance de régler des problèmes non résolus du passé, de supporter les tensions du présent et d’expérimenter différents rôles et différentes formes de l’interaction sociale (…).

En obligeant les enfants à jouer “convenablement” et pour gagner, les adultes, animés par leur passion du sport, annihilent tout ce que le jeu a d’important pour l’enfant (…). Quand on observe un groupe d’enfants jouant spontanément à un jeu de balle, la partie est très décousue, marquée par de fréquentes interruptions pendant lesquelles s’engagent des discussions, ont lieu des changements de règles, et des actes étonnants de compassion (…). Quand les enfants peuvent tout organiser à leur convenance, leurs jeux leur apprennent le contrôle de soi.”

B. Bettelheim. Pour être des parents acceptables

À retenir

Les activités de médiation sont des espaces pensés par les éducateurs pour “redonner la puissance d’agir“. De nombreux supports peuvent être utilisés pour créer la rencontre : sports, activités manuelles, artistiques, jeux… La prise en compte des centres d’intérêt et des besoins permet de rejoindre et d‘accompagner la personne dans son développement. Les différentes fonctions des médiations éducatives sont à considérer pour le choix de l’activité.

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